Alors qu’il s’apprête à rejoindre sa famille, Tsongo Robert se sent fier mais effrayé. Cet enseignant de l’Université du CEPROMAD à Beni a passé deux semaines de captivité entre les mains des « terroristes » de l’Allied Democratic Forces (ADF), un groupe de la province de l’État islamique en Afrique Centrale.
Visage pâle et yeux enfoncés, M. Robert n’a jamais oublié le jour où une dizaine d’agriculteurs et lui ont été pris en otage.
« Je me suis retrouvé dans un mauvais moment en brousse, au champ », se souvient-il.
Cet enseignant possède également un champ dans la zone agricole de Mayangos, située dans la périphérie Est de la ville de Beni, à la limite du Parc National des Virunga. Ce jour-là, lui et onze autres agriculteurs ont été emportés.
« Nous avons vécu la réalité des ADF. Nous sommes passés dans plusieurs de leurs campements abandonnés et nous avons compris que l’armée a déjà fait grand-chose », reconnaît-il.
Le jour de sa libération, des forces conjointes de la RDC et de l’Ouganda ont mené des attaques contre le groupe terroriste. Après d’intenses bombardements, le mouvement abandonne alors ses otages dans la pleine forêt de l’ancien triangle de la mort : une zone située entre les localités de Mbau-Kamango et Eringeti dans le Territoire de Beni.
Alors qu’ils sont prêts à être réintégrés dans la communauté, l’incertitude plane sur l’accueil et la considération qui leur seront réservés. Un appel à leur non stigmatisation est alors lancé à la population par la société civile locale.
« Nous ne le dirons jamais assez. La communauté de la ville de Beni, du territoire de Beni et de Lubero devrait les recevoir sans pour autant les traumatiser, car ils quittent là où ils ne devraient pas se retrouver. (…) Nous avons tous l’obligation, communauté et famille de les recevoir en vue de leur intégration dans leur communauté », insiste Maître Pépin Kavotha, président de la société civile de Beni ville.
Un appel que Kambale Nyenze n’hésite pas à s’approprier. En effet, deux de ses frères ont déjà été pris en otage et parmi eux, l’un vient d’être libéré.
« Mon vœu est de voir l’autre revenir aussi vivant », s’exclame-t-il.
Un autre groupe présenté à la presse par les Forces Armées de la République Démocratique du Congo (FARDC) ce lundi 05 Mai 2025 est celui de dix-huit enfants sortis des groupes armés locaux. Tous des jeunes garçons, ces mineurs étaient jadis membres des différentes milices locales d’autodéfense dans la région de Beni.
D’après Maître Pépin Kavotha, président de la Société civile à Beni ville, ces ex-enfants soldats devront d’abord suivre une séance de rééducation et un encadrement avant de rejoindre leur famille. Plusieurs autres organisations de protection des droits des enfants, dont la Mission des Nations-Unies en RDC (MONUSCO), ont pris part à cette activité.
Cet exercice s’inscrit dans une série de libérations et de réintégrations à Beni. Récemment, « au moins 50 ex-otages des Forces démocratiques alliées (ADF) sont réinsérés dans leurs familles respectives à Beni, dans la province du Nord-Kivu ». Hommes, femmes et enfants, certains ayant passé plusieurs années en captivité, bénéficient d’une prise en charge psychologique et d’un apprentissage d’un métier durant trois mois avant leur retour en famille.
Benjamin Sivanzire



