« C’est une violation de la liberté de déplacement » : c’est en ces termes que la Rapporteuse spéciale des Nations-Unies sur les droits humains en République Démocratique du Congo a réagi au retour forcé des déplacés internes dans leurs villages. Après une visite de dix jours dans les provinces du Nord-Kivu, de l’Ituri et du Tanganyika, madame Paula Gaviria Betancur a clôturé sa séance de travail par une conférence de presse à laquelle ont participé des journalistes de Kinshasa et des provinces.
À cette occasion, la Rapporteuse spéciale des Nations-Unies aux droits humains a dressé un tableau sombre de la situation des déplacés internes dans les provinces visitées.
Depuis la prise de la ville de Goma par la rébellion du 23 Mars soutenue, selon plusieurs experts internationaux, par le Rwanda, des milliers de déplacés internes ont été forcés de retourner dans leurs villages. Des camps ont été ensuite entièrement détruits, obligeant des milliers de ménages à retourner dans des zones où tout avait déjà été détruit par les violences.
Sur place, pas de moyens de subsistance. À cela s’ajoutent des affrontements avec des armes lourdes, ayant parfois comme cibles des grandes agglomérations. Face à cette situation, la Représentante spéciale déplore la violation des conventions internationales sur les personnes déplacées. « Cette situation doit cesser », a-t-elle insisté.
Interrogée sur la présence des équipements militaires dans des camps de déplacés, madame Paula Gaviria souligne l’importance de préserver le caractère civil de ces sites.
« Ce sont des civils qui sont des personnes à risque. En effet, on ne peut pas autoriser qu’il y ait présence d’effets militaires dans des camps de déplacés. C’est une violation du droit humanitaire international et nous exigeons que cela cesse. Les opérations de sécurisation de ces sites doivent par conséquent tenir compte de leur caractère civil », ajoute-t-elle.
En Ituri, une centaine de civils ont été tués dans des camps de déplacés en territoire de Djugu, notamment dans le site des déplacés de Djaiba. Ces atrocités, attribuées à la milice ethnique Lendu de la « Coopérative pour le Développement du Congo » (CODECO) contre des déplacés en majorité Hema, sont perçues par cette dernière comme une représaille à la présence de caches d’armes dans les sites de déplacés.
Une version non rejetée par des autorités congolaises locales et la MONUSCO.
D’après un rapport récent de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies (OCHA), plus de 10 000 personnes se sont récemment déplacées à Tongo et Nyanzale, territoire de Rutshuru, alors que 6 500 personnes nouvellement déplacées ont été accueillies à Kibua, territoire de Walikale.
Des chiffres qui démontrent l’aggravation de la situation humanitaire dans les provinces de l’Est du pays où les violences armées se poursuivent.La mission de Madame Paula Gaviria est la première visite officielle d’un titulaire de mandat au titre des procédures spéciales en RDC depuis plus de 13 ans.
Celle-ci lui a permis d’évaluer la situation des déplacés internes victimes des conflits armés, de la violence intercommunautaire, des catastrophes, des projets de conservation et des activités extractives, enfin de faire des recommandations aux parties prenantes concernées pour améliorer la protection, l’assistance et les solutions pour les personnes déplacées à l’intérieur du pays et de s’attaquer aux causes profondes du déplacement.
Benjamin Sivanzire



