Le gouverneur du Kongo Central est visé par un arrêt provisoire dans une affaire portant sur le maniement de plus de 9,56 millions de dollars américains de deniers publics.
La Cour des comptes a rendu, ce vendredi 2 octobre 2026, son arrêt provisoire dans l’affaire opposant le ministère public à Grâce Nkuanga Masuangi Bilolo, gouverneur du Kongo Central au moment des faits, ainsi qu’à plusieurs responsables provinciaux.
La juridiction financière a déclaré Grâce Bilolo comptable de fait, dans le cadre d’une procédure portant sur des opérations financières liées à deux marchés publics de la province du Kongo Central. La qualification demeure toutefois provisoire et s’inscrit dans une procédure contradictoire.
Au cœur du dossier figurent des décaissements évalués à plus de 9,56 millions de dollars américains. Il s’agit notamment de 4.042.553,19 USD décaissés dans le cadre du marché d’acquisition d’engins destinés aux travaux publics auprès de MANEWS SARL, ainsi que de 5.517.595,41 USD liés à la construction du nouveau siège de l’Assemblée provinciale, confiée à SAVOIR CONSTRUIRE COLOR SARL.
Des opérations financières au centre du dossier
Selon les éléments présentés par le ministère public, certaines opérations auraient été exécutées sans l’intervention préalable du comptable public principal.
Le parquet reproche notamment aux responsables provinciaux concernés de s’être immiscés dans le maniement des deniers publics alors qu’ils ne disposaient pas, selon ses conclusions, de la qualité ou du mandat requis pour exercer les fonctions dévolues au comptable public.
Dans le cas du marché relatif aux engins de travaux publics, une demande de virement de 4.042.553,19 USD aurait été signée le 12 mai 2025 par le ministre provincial des Finances et l’ordonnateur délégué provincial au profit de MANEWS SARL. Pour le marché du siège de l’Assemblée provinciale, le parquet affirme également que des instructions de virement portant notamment sur 3 millions et 2 millions de dollars auraient été données directement à une banque.
La Cour des comptes examine ainsi la question de savoir si ces opérations caractérisent une « gestion de fait », notion qui renvoie notamment à l’immixtion, sans qualité ni mandat, dans la gestion des deniers, valeurs ou biens publics.
Un délai d’un mois pour produire les justificatifs
À la suite de son arrêt provisoire, la Cour des comptes accorde un délai d’un mois à Grâce Bilolo pour répondre aux injonctions qui lui sont adressées.
Le gouverneur devra notamment produire les éléments justificatifs relatifs aux opérations financières concernées et rendre compte de la gestion des fonds visés par la procédure.
Cette étape ne constitue pas encore l’aboutissement définitif de la procédure. L’arrêt provisoire ouvre notamment la voie à la production des comptes et des pièces justificatives, avant la poursuite de l’examen du dossier par la juridiction financière.
L’affaire met ainsi au centre du débat la régularité du circuit d’exécution des dépenses publiques au Kongo Central et la répartition des responsabilités entre les autorités ordonnatrices et le comptable public.
Jonobe Tsilulu.




